Bible

Quand on veut aller au fond des choses, quand on veut aller chercher ce qui se cache sous certaines apparences, bref quand on veut comprendre, on emploie un verbe significatif : CREUSER. Creuser c’est aller sous la surface, sous ce qui peut cacher une surprise, un trésor ou du minerai de grande valeur.

S’il y a un récit qui mérite d’être creusé, c’est bien celui de la naissance de Jésus; ne pas aller au fond de ce récit c’est nous limiter à un «conte» sympathique et  merveilleux auquel on veut bien par nous-mêmes donner un sens. En creusant, nous allons vite nous apercevoir qu’il ne s’agit pas là d’une simple histoire pour les petits enfants mais d’un récit qui peut en dire étonnamment long aux adultes chrétiens que  nous sommes. Alors, creusons!


Dans l’évangile, la mère de Jésus est ainsi décrite : une jeune fille, accordée en mariage à un homme nommé Joseph; son nom est Marie et elle est de Nazareth en Galilée : c’est tout! Son père adoptif, Joseph, est tout simplement qualifié d’un homme juste : c’est tout! Rien de plus simple et déroutant pour nous que ces deux personnages qui vont accueillir Jésus.

Continuons à creuser. Marie accouche lors d’un déplacement; aujourd’hui, on dirait lors d’une migration. Elle accouche donc très loin de la sécurité de son foyer; pire encore, elle accouche dans une étable car on parle de mangeoire et de bergers : lieu non parfumé et non aseptisé. Pourquoi un tel lieu? Parce qu’il n’y a pas de place pour eux à l’hôtellerie. Les portes se seraient sans doute ouvertes si on avait su qui était cet enfant; mais il va naître incognito.

Marie s’était faite dire par l’ange que ce fils sera appelé fils du Très-Haut, qu’il allait régner d’un règne qui n’aura pas de fin. On peut facilement imaginer ce qu’elle a ressenti en donnant naissance au Très-Haut dans la pauvreté et la solitude d’une étable : cet enfant semble plutôt le Très-Bas.

Creusons encore. Elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire. Beaucoup plus tard, on apprendra que ce Jésus sera descendu d’une croix, enveloppé dans un linceul et couché dans un tombeau, mort victime d’injustice et d’incompréhension. Également, on apprendra qu’il a dit à ses apôtres : «Prenez et mangez, ceci est mon corps» : un Dieu venu se donner à manger dans un simple morceau de pain. Ses premiers visiteurs sont de simples bergers qui sentent le mouton, selon l’expression du pape François; des pauvres… et ce Jésus parlera de lui comme un bon Berger, fou de ses brebis et qui versera son sang pour elles.

De plus, quelque temps après sa naissance, des Mages venus d’Orient vont le qualifier de roi : Où est-il le roi des Juifs? Et on lui offrira de l’or comme à un roi,  de l’encens comme à un dieu et de la myrrhe comme à quelqu’un qui sera embaumé. On suppose qu’il est né dans la grande et prestigieuse ville de Jérusalem mais non, il naît dans un pauvre bourg de Galilée, Bethléem. Et l’on sait que ce nom de roi soulèvera la peur et la rage au point que d’innocents enfants seront exécutés et que la famille de Jésus devra encore migrer, cette fois-ci en Égypte.

Pas nécessaire de creuser plus creux pour conclure que ce Fils de Dieu vient d’afficher ses couleurs dès sa naissance parmi nous. Il ne se présente pas du tout, mais absolument pas du tout comme on l’avait imaginé. À plusieurs reprises, on dira à son sujet : «Mais que peut-il sortir de bon de Galilée?» Il aura passé une trentaine d’années caché à Nazareth avant de parcourir la Palestine proclamant la Bonne Nouvelle de la venue du règne de Dieu et en faisant le bien.

Il aura été et il demeure encore chez nous un «étranger», un «homme nu sur une croix» : «M’avez-vous accueilli?»

Ne cachons pas, ne nions pas cette réalité de Jésus, Fils de Dieu, Dieu parmi nous; voyons-le aujourd’hui encore, naissant dans la boue et la cabane de fortune d’un camp de réfugiés. Allons bien au-delà de ce petit Jésus de cire, bouclé et vêtu d’une petite robe propre et sans plies. Oui, creusons et acceptons-le comme il a voulu s’offrir à nous et non comme nous aurions voulu qu’il se manifeste.

Les anges ont éclaté de joie à sa naissance comme pour nous dire que la vraie joie de Noël n’est pas celle que l’on pense! À creuser, on finit par atteindre le roc, ce roc sur lequel repose notre foi.

 

Jean-Pierre Joly, prêtre

Novembre 2016

Plein de gens nous parlent. Heureusement! Car il y a la souffrance de ceux et celles auxquels on ne parle presque jamais. À l’intérieur d’un groupe, quelqu’un peut se plaindre d’être ignoré; personne ne s’adresse à lui. Cela peut conduire à l’isolement : «Je ne suis intéressant pour personne». « Moi, je ne compte pas, on me considère comme rien». Au contraire, quand quelqu’un m’adresse la parole, que ce soit positivement ou pas, c’est comme si j’existais.

Nos parents ont été les premiers à nous parler par des paroles et par des gestes démontrant qu’ils s’occupaient de nous : paroles et gestes d’encouragement, de reproches et de pardons; paroles et gestes pour nous dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire; surtout des paroles et des gestes qui témoignaient d’un amour pour nous.

À la parole adressée, s’impose l’écoute. Combien de fois nos parents ne nous ont-ils pas dit ou crié : «Écoute-moi!» et parfois, sur un ton impatient : «Non, mais vas-tu m’écouter! Écoute quand j’te  parle!» Parfois aussi, il y a insistance : «Viens, que j’te parle!» Ou encore on s’entend pour un lieu et un moment où l’on pourra se parler les yeux dans les yeux.

Très souvent, on entend le son de la parole de l’autre sans vraiment écouter ce qu’il nous dit. Jésus le souligne bien dans cette parabole où il compare la semence à sa parole que l’on entend mais qui est étouffée par la distraction : on est ailleurs!

Eh bien, Dieu nous parle et il le fait de bien des façons : sa création est parole de Dieu bon et beau; l’exclu, le pauvre, le malade est parole de Dieu qui souffre et qui nous interpelle de même que le témoignage de personnes et d’événements : «Ça me parle… il ou elle est venu me chercher». Et puis, il y a les Paroles de l’Évangile.

Dieu ne me parle pas de loin, il n’est pas obligé de crier; sa Parole s’est faite toute proche en Jésus Christ, celui qu’on appelle la Parole même de Dieu. En lui, Dieu nous dit tout ce qu’il a à nous dire.

QUE NOUS DIT-IL?

Il nous parle d’abord de sa relation avec nous : comment nous sommes aimés de lui; combien il nous aime sans racisme ni discrimination et combien pour lui tous et toutes sont importants. Personne n’est ignoré; même la brebis égarée ou perdue se sent poursuivie par sa parole. Nos faiblesses, nos distractions n’arrivent pas à le décourager et de s’attabler avec nous et de frapper à nos portes. De fait, personne ne peut affirmer qu’il ne lui parle pas.

Jésus est venu nous parler de Dieu comme d’un père ou d’une mère : n’a-t-il pas dit ceci : «Lequel d’entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre?... Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux, donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent».

Et que nous dit-il encore? Il nous parle du type de relations que nous devons avoir les uns envers les autres qui sont tous et toutes nos frères et nos sœurs. Dans une famille, que de chicanes entre frères et sœurs se règlent par une parole du père ou de la mère nous invitant à la réconciliation.

Oui, Quelqu’un nous parle! Il vaut la peine de porter attention à sa parole, car ce qu’il nous dit et redit c’est que nous sommes tous et toutes ses fils et filles. Ouvrons les évangiles et écoutons!

 

Jean-Pierre Joly, prêtre

Septembre 2016

La foi chrétienne se base sur un livre qui nous parle de Dieu et à travers lequel Dieu nous parle : la bible. Toujours best-seller, la bible est en fait non pas un livre mais plusieurs livres. Le mot bible signifie «les livres». On en compte soixante-treize divisés en deux grandes parties : la Première Alliance ou Ancien Testament et la Seconde Alliance  appelé aussi Nouveau Testament. Cette dernière section concerne la vie de Jésus, les débuts des premières communautés chrétiennes, des lettres écrites principalement par Paul mais aussi par Pierre et enfin l’Apocalypse. Tous ces livres ont été écrits sur une période de 1000 ans. Les premiers datent de 900 ans avant Jésus-Christ et les derniers de 100 ans après Jésus-Christ. On le devine, tous ces livres n’ont pas qu’un seul auteur ni ne sont du même genre littéraire. En effet, on trouve dans la bible des poèmes, des chants, des lettres, des récits, des codes de loi, des témoignages, des prières. D’abord écrite en hébreux et en grec, la bible a ensuite été traduite en latin puis au fil des siècles en 2300 langues et dialectes.

Nous avons donc plusieurs livres, plusieurs auteurs, plusieurs genres littéraires, plusieurs traductions, tout cela sur plusieurs siècles. Et pourtant, un seul sujet : Dieu. Chaque livre et chaque auteur raconte leur expérience de foi, de rencontre avec Dieu. Les auteurs partagent avec nous leur questionnement sur les origines de la vie. Ils expriment de différentes manières leur quête de sens concernant la vie, la mort, la souffrance, le mal. Ce questionnement et cette recherche sont en lien avec les divers courants qui circulent à leur époque dans le coin du monde où ils se trouvent. Ils prennent position en affirmant leur foi en un Dieu unique.

Si ces auteurs nous parlent de Dieu, à travers eux c’est aussi Dieu qui parle. À travers l’expérience de ces croyants, Dieu révèle qui il est et ce qu’il désire pour les humains. Grâce à ces textes nous savons mieux comment Dieu se manifeste dans le monde. Un des plus beaux textes à ce sujet vient du premier livre des Rois. C’est le prophète Élie qui se tient sur la montagne de l’Horeb et qui attend que Dieu se manifeste. Or, nous dit le texte «il y eut un vent fort qui fracassait les rochers…mais le Seigneur n’était pas dans le vent» (1 Roi 19,11) ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu mais dans «le bruit d’un léger souffle» (1 Roi 19,12). Voilà une image formidable qui nous apprend comment Dieu parle…tout en douceur, avec plein de délicatesse sans jamais s’imposer.

 

Publié 7 janvier 2016